« J'ai toujours éprouvé une fascination pour l'aiguille et son pouvoir magique. »
Mais de quelle aiguille nous parle Louise ? De celle qui lui sert à coudre des sculptures ou bien de celle du « Père » qui tissent la
toile de « Maman », l’araignée ?
Désir, identité, isolement, l'art de Louise Bourgeois surgit du conflit entre l'individu isolé et la conscience partagée du groupe. Son œuvre est
émouvante, parce qu’elle est personnelle, « autoportraitiste » et en même temps collective du point de vue de l’intime… un paradoxe rare et fragile. Peu d’artistes se targuent d’une telle
spécificité, on peut penser à Christian Boltanski, mais c’est un autre voyage, situé dans la contré de la mémoire collective. Louise nous entraîne davantage vers des paysages familier d’un point
de vue psychologique et même organique. Elle nous livre ses entrailles, et nous, public, on constate que nous sommes fait de la même chair, du même liquide, des mêmes pulsions et
peurs…
J’ai choisi ce portrait de Robert Mapplethorpe, car il exprime pour moi le temps et l’image du temps. Il est vrai que l’on ne s’attend pas à voir une « mami » tenir une sculpture représentant un sexe turgescent… Mais comme me l’a souvent dit ma grand-mère, avant d’être une grand-mère, elle est une femme. La première fois que ma grand-mère m’a dit ces mots, ce fut pour moi une révélation, aussi simple que cela puisse paraître, je n’y avais jamais vraiment songé. J’avais 19 ans, et je compris qu’un jour moi aussi je serais victime de l’image du temps. Cela m’a longtemps fait peur, mais aujourd’hui quand je regarde cette photo, je me dit que le temps n’est cause de ravage que dans le cas où on lui en laisse l’opportunité. Si nul ressentiment il y a, alors on peut rester mettre de soi et de son image tant que la conscience nous reste. Quand on regarde Louise, finalement, vieillir ce n’est pas si mal. Le temps c’est avant tout le savoir et la sagesse, et quel luxe que d’être sage tout en tenant un énorme pénis et ses attribues sous le coude ! Finalement c’est un avertissement, cette vieille dame tient sous son bras la vigueur et l’énergie, qu’elle aura mis toute une vie à maîtriser et à comprendre. Et une fois chose faites la vigueur et l’énergie se sont « fait la belle » … Conclusion, n’attendons pas 80 ans pour nous mettre la vigueur sous le bras, commençons dès maintenant, jouons avec et il en sera de même dans 60 ans. Ma devise est : « Vieillir oui, (on a pas le choix) mais Grandir jamais ! »
Merci Louise pour cette représentation toute particulière de la loi sur la relativité, qui j’en suis certains, saura faire pâlir de jalousie feu Monsieur Einstein.
Loran Kinane


